8 novembre 2011


Il y a deux mois - presque jour pour jour - je débarquais dans une ville inconnue, seule, en traînant une grosse valise verte chargée de toutes les petites choses qui font ma vie. Avant de partir, je croyais que j'aurais besoin de beaucoup parler, de raconter toutes les pensées bousculées et les émotions tourneboulées qui naîtraient forcément dans ce pays où je ne parle pas la même langue que les gens. Et puis non. Entre les deux, il y a eu cet instant-là. L'instant où la porte de l'immeuble s'est ouverte sur quatre têtes inconnues qui me souriaient, en tendant à bout de bras un panneau à mon nom, comme dans les halls d'aéroport. Ils ont porté mes bagages dans les escaliers de pierre et, tout intimidés, m'ont ouvert la porte de ce qui allait devenir bien vite n o t r e home-sweet-home. Chez nous, on lance un ciao en poussant la porte d'entrée, on rit et on écoute la musique très fort. On apprend des insultes dans trois langues différentes, on fait la cuisine et on colle des petits mots partout. On a le même frigo que dans l'Auberge Espagnole, on fait ensemble la route qui mène à la fac et on échange nos affaires. On se tend les bras, on se donne des petits noms et on danse comme des idiots. Le partage est sans doute la chose la plus accessible au monde, la plus simple pourvu qu'on accepte d'offrir un peu de soi. Je me suis promis de ne jamais l'oublier. C'est sans doute ça, devenir riche. // Ces derniers jours, je pense souvent au jour où il faudra partir - parce qu'il faudra partir - et ça me serre le coeur. Je crois que je sais déjà ce qui me manquera, alors je m'applique à me souvenir de chaque petit rien, à ne rien oublier, pour pouvoir retrouver ces petits trésors de mémoire les soirs de chagrin. Le jour du départ et ma gorge serrée au moment où il faut dire au-revoir, et se retourner. Les champs de tournesols brûlés par le soleil. Le concert du premier soir, sur les pelouses autour de l'étang. La première fois que je les ai vus tous les trois, assis côte à côte de l'autre côté de l'écran. La première pluie. Les tresses d'Agne, la voix d'enfant de Marina, la guitare d'Eoghan et les chansons de Matti. Les murs de l'appartement recouverts de pois pour une fête. Le tableau de conjugaison appris avec Eoghan, un soir en marchant, et répété aux autres à la maison, comme une enfant. Les retrouvailles avec mon amoureux, et puis mes larmes au milieu du hall de la gare. Les soirs où on fait la cuisine à douze mains. Les cloches de la ville qui sonnent à l'unisson. Le trajet à vélo de la nuit dernière, sous la pluie, dans les rues désertes.

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